Écriture

Les erreurs à éviter quand on écrit un livre

Par ROWS. MRY,23 juin 20268 min de lecture

Vous avez une idée de livre. Vous l'avez dans la tête depuis des mois, peut-être des années. Un jour, vous vous asseyez devant votre ordinateur et vous commencez. Les premières pages coulent. Puis ça se grippe. Les semaines passent, le document reste ouvert à mi-chemin, et le doute s'installe.

Ce scénario, on le voit chaque semaine chez les auteurs qu'on accompagne à Dakar, Abidjan, et partout en Afrique francophone. Ce n'est pas un problème de talent. C'est un problème de méthode. Et les erreurs qui freinent l'écriture sont toujours les mêmes.


Écrire sans plan

C'est l'erreur n°1. L'idée est là, elle est forte, et on se jette directement dans l'écriture. Résultat : on produit des dizaines de pages qui partent dans trois directions, un chapitre 3 qu'on adore mais qui ne mène nulle part, et une page blanche qui vous fixe chaque matin.

Un livre, c'est une architecture. Chaque chapitre tient le suivant. Sans plan, vous écrivez au fil de vos humeurs, pas au fil de la logique de votre lecteur. Avant de taper la moindre phrase, consacrez du temps à construire votre squelette. Même un plan sommaire — dix lignes qui résument chaque chapitre — change tout.

Le test : si vous pouvez raconter votre livre à quelqu'un en cinq minutes, chapitre par chapitre, vous êtes prêt. Sinon, votre plan n'est pas encore solide.


Ne pas cibler son lecteur

« Mon livre est pour tout le monde. »

Phrase dangereuse. Un livre pour tout le monde est un livre pour personne. Si vous ne savez pas à qui vous parlez, vous ne savez pas quel niveau d'explication adopter, quel ton prendre, quels exemples donner. Le résultat, c'est un texte qui oscille entre la condescendance et l'hermétisme.

Définissez un lecteur imaginaire précis. Pas « les jeunes entrepreneurs africains ». Plutôt : « Aminata, 28 ans, commerçante à Dakar, qui veut formaliser son activité et ne sait pas par où commencer. » Quand vous écrivez, vous écrivez pour Aminata. Chaque exemple, chaque paragraphe, chaque niveau de détail est décidé en pensant à elle.


Confondre écriture et rédaction

Beaucoup d'auteurs confondent « écrire » avec « remplir des pages ». L'écriture, c'est la réflexion. La rédaction, c'est la transcription. Si vous vous asseyez devant votre clavier sans avoir d'abord réfléchi à ce que vous voulez dire, vous passez votre temps à tourniper.

Avant chaque session d'écriture, prenez cinq minutes. Relisez ce que vous avez écrit la veille. Identifiez ce que le chapitre suivant doit délivrer. Notez deux ou trois idées-clés. Ensuite, écrivez. Vous gagnerez du temps et votre texte sera plus clair.


Attendre l'inspiration

L'inspiration ne précède pas l'écriture. Elle vient pendant. Les auteurs prolifiques le savent : on s'assoit, on commence à taper, et les idées arrivent. Attendre l'inspiration assis sur le canapé, c'est la meilleure façon de ne jamais finir son livre.

La discipline bat l'inspiration. Pas le talent. Pas l'intelligence. La régularité. Trois heures par semaine, à heure fixe, dans un endroit sans distraction. En trois mois, vous avez un premier jet. En six mois, un manuscrit. L'inspiration viendra se joindre à vous en chemin.


Relire trop tôt

Vous avez écrit dix pages. Vous relisez immédiatement. Tout vous paraît nul. Vous recommencez. Vous recommencez encore. Vous n'avancez pas.

La relecture, c'est une phase à part. Le premier jet est censé être imparfait — c'est son rôle. Si vous essayez d'écrire et de corriger en même temps, vous vous paralyserez. Écrivez d'abord, relisez après. Donnez-vous la permission d'écrire mal. Le premier jet, c'est de l'argile. La relecture, c'est la sculpture.


Isoler son projet

Écrire, c'est un acte solitaire. Mais rester seul avec son manuscrit pendant des mois, c'est dangereux. Vous perdez le recul. Vous ne voyez plus les incohérences. Vous doutez de tout.

Trouvez un relecteur de confidence. Un ami, un confrère, un professionnel. Quelqu'un qui lit votre texte et vous dit honnêtement ce qui fonctionne et ce qui ne marche pas. Pas un ami gentil qui dit « c'est super » pour vous faire plaisir. Un regard critique, bienveillant mais franc.


Négliger la fin

Commencer un livre, c'est excitant. L'enthousiasme est là, l'énergie est là. Mais arrive un moment — souvent autour des deux tiers — où la fatigue s'installe. On traîne. On repousse les derniers chapitres. Le livre reste « presque fini » pendant six mois.

La fin, c'est la partie la plus difficile et la plus importante. Un livre qui ne finit pas bien laisse un goût amer au lecteur. Quand vous approchez de la fin, augmentez votre rythme. Ne vous laissez pas aspirer par la routine. Le dernier chapitre mérite autant d'attention que le premier.


Ce qu'il faut retenir

Un plan solide est la base de tout. Avant d'écrire, construisez votre squelette. Mieux vaut passer une semaine sur le plan que trois mois à écrire dans le vide.

Ciblez un lecteur précis. Un livre pour tout le monde est un livre pour personne. Définissez votre lecteur imaginaire et écrivez pour lui.

La régularité bat l'inspiration. Trois heures par semaine valent mieux que dix heures un dimanche et rien le reste du temps.

Écrivez d'abord, relisez après. Ne mélangez pas les phases. Le premier jet est censé être brut.

Ne restez pas seul avec votre manuscrit. Un regard extérieur vous évite des mois de travail dans le mauvais sens.


Les erreurs à éviter

Partir sans plan. Vous vous retrouvez avec 80 pages qui ne tiennent pas ensemble. Un plan, même bref, vous garde sur la bonne voie.

Écrire pour « tout le monde ». Vous finissez par ne parler à personne. Un lecteur imaginaire précis change la donne.

Attendre l'inspiration. Elle ne viendra pas tant que vous n'avez pas commencé. L'action précède la motivation.

Relire en permanence. Vous vous paralysiez et vous n'avancez plus. Première étape : écrire. Deuxième étape : corriger.

Ne jamais demander de feedback. Vous perdez le recul. Un relecteur vous fait gagner des semaines.


Questions qui reviennent

Combien de temps faut-il pour écrire un livre ?
Ça dépend de la longueur et de la fréquence. En règle générale, 45 minutes par jour, cinq jours par semaine, produit un premier jet complet en trois à six mois pour un livre de 200 à 300 pages.

Faut-il un plan détaillé ou un plan sommaire ?
Les deux fonctionnent. L'essentiel, c'est de savoir où vous allez. Un plan sommaire de dix lignes suffit pour certains auteurs. D'autres ont besoin d'un plan chapitre par chapitre avec les grandes idées de chaque section. Testez et voyez ce qui vous convient.

Comment savoir si mon idée de livre est viable ?
Parlez-en à dix personnes de votre cible. Si au moins cinq vous posent des questions, si elles veulent en savoir plus, si elles disent « ça, ça m'intéresse », vous avez un livre. Si elles hochent la tête poliment et changent de sujet, reconsidérez l'angle.

Je bloque au milieu du livre. Que faire ?
C'est normal. La plupart des auteurs bloquent entre la page 80 et la page 120. Revenez à votre plan. Est-ce que le chapitre en cours tient sa promesse ? Si oui, continuez même si c'est difficile. Si non, réajustez le plan avant de poursuivre.

Faut-il finir son livre avant de penser à la publication ?
Oui. Publier un manuscrit inachevé ou bâclé nuit à votre crédibilité. Concentrez-vous sur l'écriture. La publication viendra ensuite, avec un produit solide.


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